Le blues de l’étudiant

C’est parfois à travers des choses anodines que se révèlent des références culturelles très puissantes.

Cette fois, l’élément anodin était de couleur verte, le « vert EHPAD ». Une nouvelle couleur, ainsi qualifiée dans sa lettre d’adieux à « Tic et Tac », deux externes, par « Dr G » senior de son état, sur le point de quitter rageusement ledit CHU pour des contrées plus vertes (si l’on peut dire).

« Vert EHPAD » dans la bouche de ce senior, ça a l’air bien peu reluisant. L’EHPAD c’est bien connu c’est moche et ça pue. Une tenue couleur « vert EHPAD » est donc une tenue verte moche et qui pue. C’est donc cette seyante couleur verte qu’a choisie ce CHU pour orner les nouvelles tenues attribuées aux étudiants dans ce service d’urgences.

Non seulement une couleur verte mais aussi un flocage contrasté de grande taille écartant tout risque de confusion même aux myopes les plus mal corrigés : ETUDIANT. L’histoire ne dit pas (ou alors quelque chose m’a échappé) si cette tenue doit être portée par l’ensemble des étudiants en Santé de ce service, internes compris ou si ceux-ci, en tant que « praticien en formation« , ont le droit de revêtir une blouse blanche. Limitons-nous donc au port de ladite tenue par les externes (dont les fameux Tic et Tac regrettés par Dr G.), c’est-à-dire des étudiants en médecine jusqu’à la 6e année comprise.

Une clarification bénéfique au patient

Nous sommes ainsi face à une exigence vestimentaire posée par un établissement de santé à l’égard des étudiants amenés à intervenir dans ce service d’urgence.

A la bonne heure ! Les patients, les familles pourront plus facilement distinguer qui est étudiant de qui est médecin. Cela permettra peut-être plus facilement d’excuser les maladresses de tel ou tel. Cela permettra aussi peut-être de mieux comprendre l’attente qui parfois doit s’installer le temps qu’un senior arrive (non, ces 5 blouses blanches ne peuvent pas tout faire pour moi, je dois attendre la blouse du sénior). Cela permettra même peut-être des nouveaux moments de complicité avec ces jeunes en formation pour lesquels tant de patients ont de la tendresse. Mais aussi et peut-être surtout ce marquage permettra aux patients, aux familles de savoir à QUI ils ont à faire, une prévention qui relève habituellement de l’évidence dans une communauté. Plus encore, ces patients pourront alors se sentir davantage autorisés, s’ils le souhaitent, à indiquer qu’il ne souhaite pas être un objet d’étude, et exercer ainsi leurs droits les plus stricts.

« L’examen d’une personne malade dans le cadre d’un enseignement clinique requiert son consentement préalable. Les étudiants qui reçoivent cet enseignement doivent être au préalable informés de la nécessité de respecter les droits des malades énoncés au présent titre.« 

Inutile ! Redondant !

Que diable, les étudiants se présentent systématiquement, ce n’est donc pas nécessaire ! nous dit-on. C’est bien souvent le cas mais il n’est pas besoin de lire les témoignages sur les réseaux sociaux pour constater que l’ambiguïté perdure parfois. Qui plus est, en quoi une tenue dédiée contraindrait ou amoindrirait ses efforts de présentation ? Celle-ci rend cette prévenance plus évidente. Le patient n’est pas surpris : c’est écrit. De même que, selon les services, les sages-femmes sont en rose, les infirmiers en blanc ou les ASH en bleu, de mêmes celles et ceux-ci sont invités à se présenter. Ce n’est pas parce que l’infirmier se présente comme tel qu’il n’a pas la tenue dévolue à ses pairs. Et jetons un œil en passant sur la campagne #HelloMyNameIs de cette médecin Kate Granger aujourd’hui disparue après une longue maladie.

Un badge suffit ! nous rétorque-t-on. Un badge suffit pour celles et ceux qui y voient bien, et qui, une fois face à face au soignant, osent lâcher le regard de celui-ci pour planter les yeux sur le badge ou l’étiquette élimée, marquant une volonté manifeste de vérifier les titres de leur interlocuteur. Beaucoup de patients hésitent, ce n’est pas toujours facile, quand on est bien élevé, de regarder le badge ou l’étiquette. Savoir à l’avance à qui l’on va s’adresser prépare bien mieux l’échange. Et une fois de plus : un badge devant, un flocage derrière : quel est le problème ? Dès lors que nous partageons tous la nécessité que le patient s’oriente le mieux possible dans cet environnement stressant qu’est l’hôpital, nous avons tous à coeur de déployer des trésors d’inventivité, de contrastes, panneau braille, codes couleurs-signalétique-boucle auditive pour qu’il s’y retrouve.

Une distinction symbolique

Le problème n’est donc pas là, il n’est pas dans l’esthétique d’une couleur ni dans le caractère redondant d’un flocage. De tels détails n’auraient sinon par leur place dans une lettre d’adieu, une bonne place même, deux paragraphes entiers, dans une lettre qui vient clore plusieurs années de travail. Un senior qui s’insurge contre cette nouvelle tenue, incite ces étudiants « à l’heure des réseaux sociaux » à réfléchir à « ce vert qui vous sépare de nous [les blouses blanches] » – j’ai parlé de discours de caste, c’était là – et susurre « Pour ma part croyez-moi je n’aurais jamais porté ce pyjama verdâtre » ; une infâme décision contre laquelle les jeunes semblent invités à s’élever (en priorité ?).

De tels propos attirent forcément l’attention. Cette tenue, cette distinction n’est absolument pas anodine. Et les milliers de tweets générés à cette occasion le prouve à ceux qui voudraient encore le faire croire (« nan mais c’est juste une tenue de travail, la blouse c’est mieux c’est plus couvrant/confortable c’est tout »). Une tenue distincte pour les étudiants, tout un symbole.

Projection, protection et compensation symbolique

Il est bon pour ce senior que l’étudiant revête une blouse blanche, pour « se projeter dans [son] prochain rôle d’interne » (qu’il n’est pas encore). Cet argument a été beaucoup repris sur la toile, l’importance de porter l’habit, la fierté de le porter aussi, la sécurité que la blouse blanche apporterait à l’égard des patients agressifs (je ne ferai pas de commentaire sur cette énième culpabilisation des patients, sujet de posts à part entière) et à l’égard des autres professionnels. En somme, dans une blouse blanche on se sent mieux, on est mieux traité par les collègues.

Mais en quoi le fait de porter une blouse blanche plutôt qu’une tenue verte devrait apporter un tel supplément de confort -légitimement recherché par les étudiants, qui souffrent déjà bien assez – ? La blouse blanche serait-elle, par magie, une arme anti-blues (pardon #jeudemotpourri #maisilmefallaituntitre) ? Les personnes en blouse blanche seraient-elles mieux reconnues que les personnes en blouse verte, rose, ou bleu ? Que signifient ces propos des hiérarchies implicites (et si puissantes) à l’oeuvre dans nos établissements ?

Le port de la blouse blanche serait une fierté mais aussi une compensation symbolique de la pression imposée par des études éminemment violentes (« on l’a méritée après tous ces sacrifices »). Est-ce la compensation qu’il faut maintenir ou la violence qu’il faut combattre ?  Si l’abandon de la blouse est si douloureux voire perçu comme dangereux, si le port de la blouse se révèle à ce point une source d’apaisement (de narcissisation même ai-je écrit, les étudiants étant tellement attaqués pendant des années sur leur valeur qu’ils ont bien besoin ) c’est d’abord et avant tout parce que toutes celles et tous ceux qui en sont privés risquent, à tout moment, méconnaissance et mépris.

Le mépris pour les étudiants, voilà l’ennemi

Un mois à peine après la sortie de l’ouvrage « Omerta à l’hôpital » qui jetait la lumière sur le caractère endémique voire systémique (consubstantiel ?) de la maltraitance des étudiants en santé reviennent déjà les réflexes qui font pourtant le lit de celle-ci : signaler les étudiants comme tels serait indigne. Loin de combattre le mépris si ancré que nos communautés ont encore bien trop souvent à l’égard de nos cadets, il faudrait protéger certains d’entre eux (les étudiants en médecine) de cette opprobre en leur permettant de ne pas afficher trop haut leur état d’apprenant.

Je l’ai écrit et le répète : les étudiants qui se forment à nos côtés nous font honneur. Si le statut d’étudiant était un statut suffisamment valorisé dans nos collectifs, les étudiants seraient fiers de porter haut ces couleurs, comme les étudiants des universités américaines qui arborent à tout bout de champ les armes de leur fac.

Pour un véritable statut protecteur de l’étudiant

Le fait que les étudiants aient besoin d’une reconnaissance est une évidence. Mais être reconnu au titre de « forçats qui font tourner bien des hôpitaux » et donc à ce titre revêtus de la blouse blanche des titulaires me semble vain, c’est même un piège. Le statut d’étudiant devrait être un statut protecteur et non un statut honteux ou fui, un statut protecteur contre l’abus, protecteur contre les situations de travail qui n’ont parfois rien de formatrices mais simplement épuisantes. L’étudiant n’est pas un sous-médecin, n’a pas à être bouche-trou, et s’il l’est (et je sais ô combien il l’est encore aujourd’hui) il faut combattre ces dysfonctionnement et non les valoriser pour en tirer un pseudo-statut qui ne fera que pérenniser l’exploitation dont ils sont victimes, habillée de fatalité (« faut bien faire tourner les hôpitaux ») et de tradition (« on a toujours fait comme ça »). Il est temps que l’Université investisse dans la recherche sur elle-même, sur ses méthodes pédagogiques, et mette en oeuvre celles qui présentent des données probantes.

Commençons par parler correctement aux étudiants, tout au long de leurs études. Combattons avec force les modalités violentes et insensées de la sélection à laquelle ils sont soumis. Brisons le cercle vicieux de ce qui n’est autre qu’un bizutage prolongé, chacun devant passer par des années de souffrance pour avoir la chance d’être ensuite médecin. Osons questionner le dogme de la distribution générationnelle des contraintes liées à l’activité médicale à l’hôpital. Admettons enfin que chacun est une richesse sans que quiconque n’ait besoin, pour supporter les conditions de travail difficiles et se sentir exister, de se grimer dans la tenue du dominant.

10 commentaires

  1. Tout à fait d’accord avec ce billet ! Ce débat est l’illustration d’une société qui méprise la jeunesse ou plutôt qui accepte d’intégrer quelques jeunes pourvu que ceux-ci revêtent aussitôt le costume des « séniors » et acquièrent d’emblée toutes les connaissances… bigre, une société qui ne donne pas le temps à un apprentissage serein est bien malade !

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  2. Si l’on souhaite réellement clarifier la fonction de chacun à l’hôpital pour faciliter le parcours de soin du patient, c’est alors l’ensemble des tenues professionnelles qu’il faut revoir et pas seulement celle de l’étudiant en médecine. Car le mot étudiant en soi est plus que flou pour un patient non initié aux rouages d’un CHU : est-ce un étudiant infirmier, aide soignant, interne, externe, P2/D1 ?

    Certains fantasment la blouse comme l’objet ultime de jouissance quand l’étudiant en médecine, de son coté, ne voit en elle qu’une simple tenue de travail (plutôt moche d’ailleurs, rarement à sa taille) partagée par différents corps de métier du CHU, comme les secrétaires voire la maintenance informatique dans certains CHU…Ce n’est qu’une protection pour le patient et pour nous face aux explosions inopinées de liquides biologiques variés qui constituent l’être humain
    Et dont l’étudiant en médecine fait l’expérience souvent à ses dépends.

    En fait, cette théorie de la blouse et de son soi-disant pouvoir, c’est avant tout la théorie de ceux qui ne sont ni étudiant en médecine ni médecin. Ce qui est cocasse c’est que les élèves infirmiers/res ont la même tenue que l’IDE et pareil pour les aides soignantes mais ça par contre personne n’y fait référence, et on n’entendra jamais personne prétendre que l’élève infirmer jubile de sa tenue d’IDE. Le plus grand risque à stigmatiser de la sorte l’étudiant en médecine, avec un flocage en police 35 (en mode alerte  » Ce type n’est qu’un étudiant »), c’est que les patients réalisent que celui qui leur accorde le plus de temps à l’écouter, l’ausculter, le tenir au cours de sa prise en charge n’est qu’un « ETUDIANT » et que la blouse blanche tant attendue, en revanche il ne la verra passer qu’en coup de vent. (« Tu me vois, tu me vois plus : bienvenue dans un CHU).
    Les étudiants, de tous horizons sont utiles à la société. Vouloir en stigmatiser certains à travers vos propos moralisateurs, en forme de lieux communs, propos nourris de vos propres fantasmes, est indigne d’une personne qui travaille dans la fonction publique et qui plus est dans le secteur de la santé. Et je pense qu’il y a bien d’autres sujets qui méritent de s’exprimer et d’investir son temps, que les pseudo grandes idées pour dire en résumé : « Les étudiants en médecine se servent de leur blouse pour instaurer un rapport de dominant donc ils ne veulent ment pas une blouse avec marque ETUDIANT » et « les étudiantes doivent demander le consentement « sans blague !!!

    Les hôpitaux devraient aussi penser à installer une pancarte dans le hall « Info aux patients : Hôpital en faillite, ici les IDE ne sont pas payés de leur heures supp, ne peuvent pas récupérer leurs heures, le repos de sécurité n’est pas toujours respecté, les 48 hebdo non plus, les gardes des étudiantes ne sont pas toujours payés…quand on appelle un chef la nuit et bien parfois il nous laisse dans la merde !!!! Ils manquent des lits, vous allez peut être dormir dans un couloir…

    Car ça aussi le patient a le droit de le savoir !

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    1. Quel est le problème à ce que les patients apprennent que « celui qui leur accorde le plus de temps à l’écouter, l’ausculter, le tenir au cours de sa prise en charge n’est qu’un « ETUDIANT » » puisque c’est la stricte vérité ? Pourquoi faudrait-il leur cacher ?

      Les étudiants sont utiles à la société évidemment. Ce n’est pas moi qui les stigmatise, bien au contraire : je relève que cette inquiétude démontre *précisément* qu’ils SONT déjà bien trop stigmatisés. VOUS associez un flocage en police 35 à une sorte de « mode alerte » Ce type n’est qu’un étudiant » » alors que J’associe ce flocage à « Cette personne nous fait l’honneur d’être ici, elle est l’avenir de la médecine !! »

      Départissez-vous de l’image dégradée et honteuse de l’étudiant que vous avez tous et toutes intégrée, et vous verrez que le port d’une telle blouse deviendra ce qu’il n’aurait jamais du cesser d’être : une chance.

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      1. Mais étudiant en quoi? ça veut tout est rien dire, il n’est même pas mentionner la filière? comment un patient (au urgences qui plus est) peut savoir qu’il s’adresse à un étudiant infirmier ou à un étudiant en médecine ou un interne. et ou s’arrête la notion d’études, car un interne est aussi un étudiant qui n’a pas validé son diplôme de Docteur et pourtant il prend en charge des patients de A à Z. Ce qui m’interroge c’est la police disproportionnée et le manque de clarté globale de la fonction de chacun à l’hopital avec des noms et titres si petits qu’aucun patient ne peut les lire discretement pour savoir à qui il s’adresse. On inscrit une si grosse mention pour l’étudiant comme on le ferait pour le Mr securité lors d’un concert, pourquoi ne pas en faire de même avec l’inscription « INFIRMIER », « INTERNE », « PROFESSEUR » « DOCTEUR » « CADRE DE SANTE »… Donc c’est là , selon moi l’incoherence et l’ambiguité du message. Et pour le consentement bien sur qu’il faut le demander mais il y a tellement d’étudiant à l’hopital publique qu’on finirait pas demander au patient toute la journée son consentement ; « Acceptez-vous que l’interne s’occupe de vous ? car il n’est pas Docteur », accepter vous que l’etudiant remplisse votre dossier et en prenne connaissance, vous examine, Acceptez-vous qu’au labo, un étudiant s’occupe de votre prelevement ?… » la liste est très longue…Bien entendu que lorsque qu’un étudiant n’est pas accepté lors d’une consul ou prise en charge, il s’en va. Mais c ‘est aussi à l’hopital de donner au patient les moyens d’être acteur de son parcours santé en l’informant dès son entrée (dans la mesure du possible hors urgence absolue) au CHU avec un fiche de consentement qui lui explique qu’ici des étudiants de chaque niveau et de filliere santé sont en formation et qu’il lui revient le droit de ne pas accepter leur présence, en l’exprimant ce serait plus simple pour tout le monde. A force de stigmatiser, et de faire des généralités, on s’egard et on oublie de se concentrer sur l’essentiel. Et de plus je n’ai jamais aimé été trop fan de cette idée absurde, de marque certaines personnes avec ce qui ressemble à une pancarte, et pas les autres. Je ne suis pas contre la mention d’étudiant, je suis contre l’idée que les autres corps de métier n’ont eux, pas besoin selon vous d’être signalés.

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    2. Je plussoie Pandrok ! 😉

      Comme si un tee-shirt «Étudiant» -(de couleur verte bien tappante à l’oeil, en plus ! Pourquoi ne pas garder la couleur blanche tout simplement afin de maintenir l’homogénéité avec le reste du personnel médical ? 😉 Vous voyez… l’hypocrisie…) – invitait à réconcilier la relation soignant-soigné. N’importe quoi. C’est une grande mascarade tout ça pour un problème bien plus subtile que ça. Je vous accorde toutefois le bénéfice du doute qu’il se pourrait simplement que vous ayez une vision bienfaisante des choses très contre-carré…
      Je reste sceptique sur cela.

      Vous savez, Mme De Bort, en tant que patient, les étudiants en médecine (externes) j’arrive à les reconnaître, même en blanc – et dans la majorité des cas, ils se présentent comme tels. Je n’ai aucun problème à me faire examiner/prendre en charge par un externe/interne, car je sais qu’il y a toujours un travail et dialogue d’équipe et de vérification par derrière (pour l’externe).

      Une chose importante que vous semblez oublier : ça n’a pas le même effet de se faire soigner par une blouse blanche qui se présente comme un étudiant et un vert pétanque plancardé Étudiant au dos. Dans le premier cas, il y a un rapport de familiarité (le code blanc pour la filière médecine), de rassurance (que ce soit le grand chef ou l’étudiant, tout le monde sait que le médecin ou l’étudiant en médecine arrive, et rien que ça, ça rassure, car même si l’étudiant en médecine n’a pas une connaissance aussi pointue que celle du senior, on a confiance en ses capacités dans le sens où ses études lui apporte beaucoup de compétences de base) et de bienveillance (nous savons qu’il faut bien que l’apprenti médecin apprenne et n’y voyons donc aucun inconvénient).
      Dans le cas du tee-shirt vert, ça fait tâche, je vous l’avoue, et ça ne permet pas d’instaurer la même aisance aussi facilement. Où est le mal à ce qu’un étudiant porte la blouse blanche? Justement, le fait de la porter leur permettra de vite «grandir», se rendre compte du symbolisme de la blouse blanche.
      Ce n’est pas n’importe quel métier – on parle de soigner/soulager/guérir des vies humaines.

      Le problème n’est pas le fait qu’un étudiant porte la blouse blanche. C’est tout à fait légitime qu’il le fasse.

      Le problème, qui est le même depuis longtemps, c’est la formation des médecins… et leur rapport aux malades qui est trop peu mis en avant dans la formation actuelle (cours d’éthique et sciences humaines).

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  3. Je vais clore mes deux jours de débat ici puis retourner à mes livres.

    Je vous rejoins sur la maltraitance/le statut prėcaire des externes à l’hôpital, vous avez raison, le statut d’apprenant est méprisé à l’hôpital (pour tous, et je prėfère mon statut d’externe à celui d’étudiante infirmière…). Je ne partage pas l’indignation de ce P.H. des urgences sur les blouses « vert EHPAD » puisque vous avez raison, blouse comme pyjama, peu de différence se fait. Cependant je comprends l’exaspération de mes coexternes qui voient, peut être à tort, ici une brimade.
    Tout votre argumentaire repose sur la contestation de la légitimité du rôle effectif des externes à l’hôpital, rôle que vous qualifiez d’exploitation. Aucun n’externe de bonne foi n’ira prétendre le contraire, faire les gardes de 24h que l’on fait pour 90e, c’est de l’exploitation. Et comme je sais que la citation de « faire tourner les hôpitaux » vient de moi (sans le fataliste « faut bien », j’insiste) je souhaite m’expliquer.
    Dans les services d’urgence, la nuit (et exclusivement dans ces conditions là) nous participons à « faire tourner les services », en interrogeant et examinant les patients avant l’interne ce qui lui permet de gagner un temps précieux par la suite. On peut se poser la question -ce que vous faites- de la légitimité de cette situation : un apprenant devrait rester apprenant, et n’endosser donc aucune responsabilité même minime.(Je tiens à rappeler que nous ne sommes pas laissés pour compte avec des patients graves, mais qu’il n’est jamais que question de commencer à s’occuper des patients consultants pour des affections non graves).

    Cependant les réalités matérielles auxquelles nous sommes confrontés ne nous permettent pas vraiment de faire un choix, aussi noble soit-il. Et par ce « nous » j’entends l’équipe. Je vais illustrer mon propos d’un exemple qui correspond à la plupart des gardes que j’ai eues à faire.
    J’étais de garde, un dimanche (24h) aux urgences pédiatriques, où l’interne, prise au bloc toute la journée n’était pas là pour accueillir/évaluer sommairement/envoyer à la radio les patients se présentant (plus de 100 sur le dimanche auquel je pense), à tel point que j’ai non seulement du ne manger qu’une fois dans la journée vers 19h, mais aussi que l’interne de garde la veille a du revenir pour faire avancer les prises en charge. Le tout sur son repos de garde. Dans ces conditions, difficile de rester simple étudiante observatrice ne participant pas à la prise en charge (c’en devient même une simple question de respect pour l’équipe de garde qui est débordée). Les internes/CCA/PH ne peuvent tout simplement pas assumer seuls la charge de travail que leur impose la demande de soins (et les nécessités administratives, je pense aux PMSI que mon interne a alors rempli entre 2h et 3h du matin après sa journee de bloc). Et si les externes réalisent les taches ingrates, car celles à leur portée, (mais pas que, vous prêchez une convaincue) les gardes sont généralement pour nous les moments les plus formateurs.
    Donc ces tenues représentent finalement pour certains l’absence de reconnaissance de ce travail fourni (bien qu’il vous déplaise), puisqu’au statut d’étudiant est trop souvent intrinsèquement lié celui d’incompétent. Hors, dans bien des tâches nous ne sommes pas incompétents, c’est contre ce mépris là, celui de notre compétence, que mes coexternes se sont insurgés. Et en ce point je les rejoins. Nous avons des compétences utiles qui sont d’ailleurs, à l’hôpital, généralement reconnues par les médecins seuls, car les seuls au fait de l’état de nos connaissances.
    (Soyons clairs, il n’est pas question d’être reconnus comme aptes à prendre en charge un patient mais à effectuer un travail de stagiaire de médecine comme je l’ai décrit ci dessus; même en blouse blanche, les externes connaissent leur place au sein des équipes et n’ont pas besoin de mentir sur leur rôle pour se sentir exister.)

    En somme, je partage tout à fait le constat que vous dressez sur la place de l’apprenant au sein de l’hôpital, mais je vous fais tout de même le reproche de ne jamais nuancer cela à la lumière des réalités pratiques avec lesquelles vivent les équipes. Puisque bien souvent, ce sont des contraintes matérielles de temps et de personnel qui rendent l’hôpital si hostile à l’ingénuité des étudiants en tout genre. En cela et d’un point de vue personnel, je pense que si l’on veut garantir une formation apaisée des étudiants, il faut, en pratique, s’assurer que les encadrants ont les moyens d’exercer leur métier dans de bonnes conditions également.

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      1. Voilà qui est positif 😊
        J’espère du coup -en attendant un monde meilleur-, que mes coexternes ne pâtiront pas plus de la mauvaise considération de leur statut. 😊

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  4. La tenue verte évoque aussi une tenue de bloc. Sinon avec un peu plus d’audace, la direction aurait pu proposer une tenue rose pour les filles et bleu pour les garçons … non ?

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