Qui a légitimité pour parler maltraitance dans les soins ?

Dans son dernier billet , Stockholm lance à son tour un « coup de griffe » suite aux réactions provoquées par la sortie de l’ouvrage de Martin Winckler (dont la mienne probablement). Je retiens de ce billet une mise en cause frontale de la légitimité des personnes « non impliquées dans le soin » à s’exprimer sur la maltraitance dans le soin et la brutalité que celle-ci représente. Etant tout particulièrement visée cette fois-ci, je me permets cette réponse en forme de questionnement sur cette disqualification systématique et les bénéfices à tirer d’un débat non confisqué.

 

Chère madame

Etant bloquée par vos soins depuis des mois, je ne peux vous répondre sur twitter je poste donc une réponse sur votre page (j’espère que vous en autoriserez la publication) et publie en même temps ici. De fait, ce blocage vous empêche aussi de lire ce que j’y écris, ce qui justifie probablement les interprétations erronées que je lis dans votre billet (à moins que cela ne soit simplement de la fatigue, ce qui se comprend, ou de la mauvaise foi, ce qui là aussi est votre droit).

Le fait que vous déniez à une personne qui n’est pas des vôtres de s’exprimer sur les soins est qualifié par certains de corporatisme. Ce n’est pas un point sur lequel j’ai l’habitude de m’attarder.

J’ai choisi d’être directrice d’hôpital il y a bien longtemps, précisément comme tant de mes collègues pour l’intérêt et le respect que je porte au soin, aux soignants, aux patients. J’apprécie les échanges avec les professionnels de santé, que ceux-ci portent sur le projet médical d’un hôpital, les investissements, les effectifs, la formation mais aussi naturellement la qualité des soins et la bientraitance. Car en effet tout est lié et nos hôpitaux souffrent bien davantage de leurs territoires internes (chasses gardées) que de leur transversalité.

Je comprends la colère que provoque chez vous et certains de vos confrères la transgression de cet interdit que vous posez à ces mêmes « administratifs » d’avoir ne serait-ce qu’une pensée sur la relation thérapeutique. Car il s’agit bien de cela : si je ne me sens ni compétente ni légitime pour discuter d’une prescription médicale, je me sens tout à fait compétente et légitime, en tant que directrice d’hôpital mais aussi en tant que patiente, à poser un avis sur la relation soignant-soigné, qui a d’ailleurs été –mais vous l’ignorez- au cœur de ma formation.

Dénier à tous ces acteurs indirects du soin (tout autant qu’à ceux qui expérimentent ponctuellement ou de façon chronique nos établissements de santé, aux soignants qui ne sont pas en France / qui n’exercent plus / qui écrivent des livres/ aux journalistes, aux chroniqueurs) le droit et la légitimité de s’exprimer sur la bientraitance est d’une part contraire à l’éthique du soin, mais d’autre part contre-productif. Car, outre le fait que l’on est généralement plus intelligent à plusieurs, vous ne pouvez fustiger (souvent à juste titre !) l’éloignement de ces « administratifs » de vos préoccupations quotidiennes, et refuser dans le même temps que ceux-ci questionnent vos pratiques et s’intéressent au même objet que vous : le patient.

Etre soignant c’est beau et c’est difficile ; être professeur, policier, manageur a aussi sa part de noblesse et d’incommunicabilité. Cela ne devrait pas interdire l’échange et le respect. Sans nier ni votre engagement ni votre expertise, il devrait être possible de parler du collectif et du soin sans que cela soit pris comme une agression. S’ouvrir à l’avis des patients, échanger avec les autres hospitaliers, accueillir les éclairages de sociologues, de philosophes, de juristes, d’historiens, tout cela est encore trop peu enseigné mais ne peut faire de nous tous que de meilleurs professionnels.

Bien à vous,

1 commentaire

  1. Qui a légitimité pour parler maltraitance dans les soins ? Celui qui l’a vécue et celui en a été le témoin direct. Avec réflexion et intelligence. C’est à dire sans passion, sans jugement de valeurs, sans bons sentiments, sans misérabilisme et sans démagogie. Ce qui oppose un travail de recherche publié aux presses universitaires, à un « essai » publié chez flammarion. C’est ce que j’en pense en tant que patiente, en tant que soignante et en tant que lectrice.

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