Une drôle de chronique sur la maltraitance ordinaire en gynéco

La maltraitance ordinaire en gynécologie obstétrique c’est aussi très drôle quand c’est raconté par Noémie Delattre.

En 4 mn la chroniqueuse nous fait un florilège des situations de maltraitance, jugements moraux, petites humiliations ou simples « oublis » de ce qui existe « au dessus de l’utérus » : une femme.

Une bonne manière de se rappeler que la maltraitance n’est pas forcément un comportement actif de nature violente ou perverse, limité à de très rares soignants. Non, la maltraitance « ordinaire » est tellement banale. En gynécologie-obstétrique elle est tellement « facile ».

Pour celles et ceux qui ne pourraient écouter la chronique, voici sa transcription. Bien sûr la chronique est beaucoup plus sympa à écouter qu’à lire, même si les rires surjoués interruptions de Nagui empêchent parfois de saisir les détails.

« Il y quelques temps à propos du droit à l’avortement, il y a un con dont j’ai oublié le nom qui avait dit qu’il fallait que les femmes comprennent que leur corps ne leur appartient pas (…).

J’ai encore une copine qui vient d’accoucher et qui nous envoie un texto « Joie, bonheur allégresse, la petite Louison vient de naître, on est tellement heureux, tout va tellement bien, l’accouchement s’est tellement bien passé (cœur / cœur / smiley qui rit / smiley qui pleure / cœur / cœur / étoile / joie / bouche / cœur / cœur) »

Alors qu’après avoir discuté 2 mn avec elle j’ai appris qu’elle avait été évidemment estropiée, mutilée, terrorisée.

Mais on nous a tellement appris « tu enfanteras dans la douleur » qu’on a fini par accepter d’en chier. Voilà on a fini par accepter que notre corps ne nous appartient plus le temps de l’accouchement. Alors que, si, en fait, pardon. Mais notre corps nous appartient, de la naissance à la mort, en passant par l’avortement ou l’accouchement.

Donc merci de ne pas considérer notre corps que ce qui est autour de l’enfant à naître. Il y a une dame monsieur au-dessus de cet utérus ouh ouh ! Le corps qui porte cet enfant appartient à quelqu’un, il va falloir en prendre soin !! »

Merci aussi de ne pas déclencher des accouchements prématurément, sous prétexte que notre terme est prévu au milieu d’un week-end de trois jours. Pardon pour vos vacances mais va falloir faire des priorités.

Merci aussi de ne pas nous découper le vagin pour que l’enfant sorte plus vite parce que vous avez un golf à 16h.

Merci de respecter nos choix, si on demande la péridurale MAINTENANT c’est qu’on a vraiment mal MAINTENANT, et ne nous menacez pas de nous rendre hémiplégique si on continue à bouger car on ne bouge pas pour le plaisir de bouger on bouge parce qu’on jongle sa mère la p… d’accord ? Rester calme en ce moment n’est pas une option.

Merci de ne pas nous siffler dans l’oreille d’un air sadique « ça fait mal hein » si on a choisi de faire sans péridurale.

Merci de ne plus dire que la position obstétricale (je précise : c’est sur le dos avec les pieds dans des étriers en métal) est la plus confortable ou alors il faut préciser pour qui. Parce qu’il est évident que pour le gynéco c’est super ne pas se contorsionner pour pouvoir nous observer le fond. En revanche,  je ne vous cache pas que dans cette position nous, on est aussi confort que dans un string en barbelés.

Merci de ne pas nous faire culpabiliser si on décide de ne pas allaiter « Mais tu ne veux pas le meilleur pour ton enfant ? »

Et d’éviter la moue de dégoût si on contraire on donne le sein « Mais tu ne vas quand même pas l’allaiter jusqu’à ce qu’il ait des DENTS ? »

Merci de ne pas préjuger de ce dont on est capable ou pas « Bah c’est sûr elle a moins la tête à travailler » « non elle n’est plus disponible «  « elle est moins efficace » « non elle est moins concentrée » « elle est pas fiable » « non, mais qu’elle se concentre sur son bébé c’est ça le plus important »

Merci de ne pas me parler comme si j’étais débile sous prétexte que je suis enceinte « Et quand bébé arrivera, comment la maman l’appellera ? »

Merci de ne pas nier totalement la femme que je suis en demandant devant mon mec « Alors on est allé à la selle ? on a eu des gaz ? »

Merci de ne pas dire « c’est les hormones » à chaque fois que je suis triste ou en colère ou mécontente, pardon mais je peux avoir raison aussi

Merci de ne pas me traiter comme une enfant « Ah ben fallait y penser avant, hein » si j’ai la moindre peur ou le moindre doute et surtout merci de m’épargner le fameux « on ne peut pas tout avoir » si jamais j’ose me plaindre que mon emploi ou mes conditions de travail sont menacées ou que mon corps a morflé, ou que je suis en manque de rosé.

En gros, ceci est mon corps, ceci est ma poitrine, et ceci est ma chatte

Merci de bien me laisser faire ce que je veux avec. »

3 commentaires

  1. Et merci aussi de ne pas oublier qu’il y a les sages femmes, que si vous étiez aller a l’hôpital vous n’auriez sûrement pas vu de gynécos et donc pas d’accouchement prématuré ! Le consentement éclairé c’est pas encore ça 😉

    J'aime

  2. J’aime bcp !
    Et particulièrement : « Parce qu’il est évident que pour le gynéco c’est super ne pas se contorsionner pour pouvoir nous observer le fond. En revanche, je ne vous cache pas que dans cette position nous, on est aussi confort que dans un string en barbelés. »

    Tellement parlant et vrai !

    MERCI !

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s