#PayeTonUterus : Faites gaffe un peu quand même

uterusQuand on propose à un vagin de s’exprimer, il en raconte des choses…

C’est un peu ce dont twitter témoigne ces derniers jours, suite à la diffusion par France Culture du documentaire sur la maltraitance en gynécologie.

C’est donc désormais plusieurs fois par an que la toile s’enflamme sur ces questions habituellement tues, ou maintenues dans le cercle restreint des quelques copines, celles qui sont au courant de ton dernier épisode d’infection-vaginale-chronique-qui-dure-depuis-des-mois et du dernier truc dégueu qu’on ta fait avaler pour faire passer. Autant dire pas nombreuses.

Que dit la toile ?

Elle dit combien c’est compliqué pour tant de femmes d’aller chez le gynéco. Combien ça s’aggrave si ça se passe mal. Elle dit aussi combien combien c’est difficile d’en parler, tant sur le moment (tu m’étonnes), qu’après coup. Des hommes sur twitter « tombent de l’armoire » en lisant les témoignages.

Or, demander aux victimes (avec ou sans guillemets) de se mobiliser pour faire cesser ce qui s’apparente à une sourde violence trouve ses limites dès lors que celles-ci ne peuvent, n’osent parler.

Pourtant, parler de ce qui se passe chez le gynéco ne devrait pas être si compliqué.

A moins qu’on préfère taire que oui, régulièrement, on est obligées de se mettre à poil devant un-e inconnu-e, l’entendre dire « Ramenez les fesses vers moi », « encore, encore », puis tenter de disparaître quand un truc froid entre dedans. Se boucher mentalement les oreilles en espérant ainsi oublier la similitude de certaines sensations avec ce qui se passe habituellement sous la couette, trouver ça tout d’un coup absolument dégueu et se demander à ce moment là si on arrivera à trouver ça drôle de nouveau. Oui parce que si beaucoup de médecins insistent sur les réseaux combien ces choses là sont  pour eux « mécaniques » et totalement desexualisées (et on le sait bien sûr, merci), on ne peut faire fi de ce qui se passe physiquement, dans les faits, pour la femme sur les étriers : un truc pas normal. Je renvoie à ce sujet vers l’excellent article (et très drôle !) « Le vagin non sexuel » de Marie-Hélène Lahaye.

Se faire violence, entre honte et pression sanitaire

Parler de ce qui se passe chez le gynécologue est donc compliqué. Même (surtout ?) quand ça se passe « normalement ». Parce que c’est « la honte »…. On nous assène depuis notre adolescence et nos premiers effrois qu’une bonne fille est une fille qui « y passe », tous les 6 mois en moyenne (sachant que si la bonne fille -pas si bonne d’ailleurs- est sous pilule elle sera obligée de toute façon pour avoir son ordonnance hi hi hi on l’a coincée elle est sous tutelle). On nous assène qu’il faut aller se faire tripoter les seins, racler le vagin, parce que quand même faudrait pas qu’on ait un cancer ou alors on l’aura bien cherché avec tout le mal qu’on se sera donné pour nous expliquer.

Je l’ai dit sur France Culture : ce médecin est amené à repérer des problèmes de santé potentiellement mortels, et ça, ça représente une sacrée pression pour celle qui voudrait parler se son inconfort. C’est une pression telle que, j’en suis convaincue et les témoignages le disent là aussi, certaines renoncent à consulter.

La honte… Attention, je ne parle pas de la gêne, mais bien de honte…. pourquoi la honte ? C’est un acte médical, voilà c’est tout. Et puis beaucoup de gynéco sont d’un abord très sympas !

Gérer aussi les injonctions sexistes

Oui mais la jeune fille, la femme ne se rend pas chez ce médecin « vierge » (pardon) d’inquiétudes et de préjugés, déjà empêtrée dans des stéréotypes féminins ou simplement porteuse d’une histoire un peu lourde. Et les propos de gynécologues bien en vue – comme lors de la polémique sur les touchers vaginaux, ou plus récemment l’émission de France Culture – ne leur font pas du bien.

On a honte d’avoir nos règles ce jour-là, on pourrait se prendre une réflexion de la gynéco de Tours (Dr Paganelli sur France Culture) sur le mode « vous m’en mettez partout ! enfin ! mais pensez à la suivante !! » (en fait c’était déjà dur de penser à moi ici, là tout de suite, alors svp évitez de me signaler qu’il y a en 15 qui vont se relayer entre maintenant et l’heure du goûter).

On a honte de pas être épilée, vu le nombre de fois que t’a entendu chez ta mère-tes copines-ton esthéticienne- ton magazine féminin « Faut quand même respecter les médecins, hein, avec tout ce qu’ils voient passer ! »

On a honte à l’avance de ce qu’il/elle va dire, ou donner à voir, quand il/elle nous interrogera sur notre/nos partenaires -on va lui épargner certains détails, hein, on ne sait jamais ça pourrait mal tourner. Les témoignages #PayeTonUterus de lesbiennes face à leurs gynéco sont à ce titre effarants.

On a aussi tout simplement intégré des injonctions sexistes avec lesquelles il peut être très compliqué de « négocier » au moment de la consultation. Injonctions sur le corps de la femme, sur son caractère « présentable », injonction dont beaucoup d’hommes (et de femmes) ignorent la portée.

C’est cela qui fait qu’on se sent mal tout d’un coup de pas avoir mis la bonne culotte ce matin vu qu’on avait oublié que c’était aujourd’hui le rendez-vous qu’on a pris y’a trois mois et qu’on est partie à l’arrache au bureau. Cette occurrence mystère flottant au milieu de ta journée, mystère car tu l’avais codée pour ne pas que tes collègues par dessus ton épaule voit sur ton smartphone ALERTE RENDEZ-VOUS GYNECO. Tu avais oublié ce rendez-vous, tu l’avais codé (mais donc noté) consciencieusement, et là, au milieu d’un dossier, tu te rappelles que ce matin c’est la vieille culotte un peu trouée que tu as enfilée en 4ème vitesse, ou que t’avais plus sous la main que le string super sexy, lequel allait très bien faire l’affaire tant pis j’ai pas le temps de chercher autre chose. « Oh my God. J’ai gynéco dans une heure et j’ai pas la bonne culotte. Il/elle va forcément en tirer des conclusions sur moi et ma vie sexuelle, meeeerde. Bon, pas grave, j’enlèverai le pantalon en même temps. Ah, ben non, meeeerde il/elle va croire que j’ai pas de culotte du tout. Bon fais chier faut vraiment que je termine ce dossier ».

A fleur de peau, même quand tout se passe bien

Le rendez-vous chez le gynéco, ce n’est pas un rendez-vous chez le dentiste. On est à fleur de peau (c’est le cas de le dire, vu que beaucoup d’entre eux exigent encore qu’on soit totalement à poil) et même les plus solides d’entre nous, les plus sûres d’elles-mêmes, celles qui assument leur corps, leurs choix, n’en mènent pas large quand elles ont les pieds dans les étriers.

Alors mesdames messieurs les gynéco, vous ne pouvez pas être des surhommes ou des surfemmes, d’ailleurs ce n’est pas ce qu’on vous demande.

Vous ne pouvez pas garantir que jamais au grand jamais vous ne serez maladroit, vous ne nous ferez pas mal, vous ne vous tromperez pas. Non, ça, ça arrive dans tous les métiers. Mais siouplait, ne confondez pas la médecine avec la morale. Ne projetez pas sur nous vos propres normes sexuelles, de couple, de parentalité. Ne nous faites pas du chantage sur tel ou tel moyen de contraception. Cessez de nous parler de notre poids quand on vient pour autre chose. Ne considérez pas qu’on est des demeurées. Ne cherchez pas à nous « apprendre » en nous faisant mal (physiquement ou moralement) un peu exprès, histoire qu’on ne recommence plus. Faites gaffe un peu quand même.

merci

bisou

5 commentaires

  1. Et puis un peu d’humanité, parfois ça ne serait pas de trop !

    Ce billet, très juste, fait remonter en moi un souvenir des plus désagréables ;
    Il y a quelques années alors que j’essayais désespérément de tomber enceinte, ma gynéco m’a envoyée chez un confrère spécialisé dans les soucis d’infertilité.
    L’homme – vraiment pas tout jeune – très froid et expéditif me prescrit une hystérographie (déjà pas une partie de plaisir en soi…) qu’il me fera lui-même quelques semaines plus tard.
    La séance a été terrible à la limite du traumatisant et non pas à cause de la douleur – je ne suis pas du genre douillette – mais à cause de ce Docteur, véritable iceberg sur pattes : pas un sourire, pas une parole un peu sympathique ou rassurante, pas un semblant d’explication, il s’est contenté de m’aboyer dessus « décontractez-vous parce qu’on va pas y arriver là, sinon ! »
    Quant on est nu, les jambes écartées, on se sent déjà tellement vulnérable !
    Et d’autant plus quant on est dans ce cas de figure particulier qu’est l’infertilité, à ce moment là, je me suis sentie gauche, bonne à rien, moins que rien, un bout de viande posé sur une table.
    Je suis sortie de là dévastée, la confiance en moi bousillée et l’amour propre en miettes.

    Voilà pourquoi j’ai envie de rajouter à la liste « et sachez faire preuve d’un peu d’empathie, un tout petit peu…»
    Bisou.

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  2. Une histoire de femme que je croyais seulement la mienne, et vécue comme une honte à cacher durant tout mon début de vie adulte. Peut-être est-ce aussi pour cela que les femmes osent peu en parler, car la pression est telle pour ne pas passer pour « une idiote ». Il en est des premiers RDV gynécos comme d’un rite de passage qui sanctionne chez l’adolescente l’entrée dans le monde des « vraies femmes ». Comme pour l’excision tant décriée, les mères sont en première ligne en accompagnant leur fille chez « leur gynéco » dès leurs premières règles pour vite les mettre sous pilule, sans autre alternative. C’est ni plus ni moins qu’une castration chimique, quand on se penche un peu sur les effets de la pilule sur la libido. Mais être femme c’est vivre sous la menace de mille risques : cancer du col, attention frottis, vaccin contre la papillomavirus, puis dépistage du cancer du sein dès 50 ans, et il n’y a pas si longtemps, hormones à tout va pour la ménopause…être femme c’est finir par accepter la tutelle médicale qui consiste à se plier à tous contrôles pour obtenir la fameuse prescription de pilule.
    Après un 1er examen traumatique à 18 ans avec une gynéco maltraitante en planning familial, je tremblais à chaque fois que l’ordonnance pour ma pilule arrivait à sa fin. Je me pensais anormale…
    Puis après ma 1ère grossesse, encore bien maltraitée, puis une fausse couche où une gynéco odieuse m’a quasiment foutue dehors parce que j’osais pleurer, et l’accompagnement en fin de vie d’une amie qui m’a aidé à ouvrir les yeux sur l’effet cancérigène de toutes ces hormones, je suis rentrée chez moi et j’ai jeté toutes mes plaquettes de pilule et ordonnances. Je me souviens encore de la sensation de liberté. PLus jamais on ne m’imposerait cela.
    Aujourd’hui je gère comme une grande mon corps, ma sexualité et ma contraception (jeter sa pilule a aussi le mérite de responsabiliser son partenaire, ben oui, trop facile pour eux, sinon). Si je vais chez le gynéco, je ne viens rien mendier car je m’assume, et c’est moi qui décide si je veux un examen gynéco. Je suis à l’écoute de mon corps, je n’ai plus de migraines, ma libido est top, je connais parfaitement mon cycle et ne suis jamais tombée enceinte sans le désirer.

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