Le consentement ne doit pas rester à la porte du bloc opératoire

A l’occasion des débats entourant notre tribune sur les touchers vaginaux non consentis, j’ai été interviewée par le Quotidien du Médecin.

(photo Cocktail Santé)
(photo Cocktail Santé)

La dénonciation de telles pratiques n’est-elle pas néfaste à l’image des médecins, et à la confiance que les patients doivent placer en eux ? Le respect du consentement du patient ne représente-t-il pas une charge supplémentaire pour le médecin, dans un monde de plus en plus judiciarisé ? Quelques uns des aspects de cet échange, dont le Quotidien publia les extraits suivants…

LE QUOTIDIEN : Vous sous-entendez dans votre pétition que la pratique des touchers vaginaux ou rectaux sur des patients endormis n’est pas isolée. Pourquoi ?

CLARA DE BORT : Notre pétition n’est pas une diatribe anti-médecins. Nous ne remettons en cause ni l’expertise des médecins, ni la difficulté de leur enseignement. Mais nous ne pouvons pas accepter que les notions de consentement du patient restent à la porte du CHU ou du bloc opératoire. Après la publication sur les réseaux sociaux de la feuille de stage de Lyon-Sud, depuis retirée du site de la faculté, certaines réactions de médecins ont créé la polémique. On ne peut pas dire que la question du consentement avant un toucher vaginal est une « pudibonderie ». Nous avons demandé l’ouverture d’une enquête auprès des ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur pour connaître la réalité de ces pratiques.

Qu’est-ce qui pose aujourd’hui problème selon vous ?

Quand un patient arrive à l’hôpital avec un utérus, une jambe, un bras ou un œil intéressant, est-ce qu’il est justifié de demander aux étudiants ou aux internes dans le couloir, qui ne participent pas à cette prise en charge, de venir toucher pour apprendre ? C’est une vraie question éthique.

Cela ne vient-il pas en contradiction avec ce que dit la loi Kouchner d’une relation individuelle et d’un colloque singulier entre le médecin (et étudiant) et le malade [2] ? L’enseignement doit aussi faire l’objet du consentement.

Vous évoquez « l’entre-soi » de la formation en médecine et des rapports aux patients qui « dysfonctionnent ». Selon vous, le consentement n’est pas suffisamment respecté pendant la formation ?

La notion de consentement n’est pas suffisamment comprise et discutée car elle n’est pas une évidence. Ce n’est pas un sujet tabou. La réflexion sur le consentement doit être remise sur le métier régulièrement. Ce n’est pas parce que le médecin n’a pas de mauvaise intention qu’il n’y a pas de sujet. On ne peut pas nous dire qu’un toucher vaginal n’a pas de connotation sexuelle, circulez, il n’y a rien à voir ! La logique de l’enseignement est noble mais n’a pas à prendre systématiquement le pas sur la logique du consentement.

Comment faire évoluer les études de médecine ?

C’est à l’IGAS et à l’IGAENR de le dire, je m’en remets aux institutions. Nous, les patients, nous pensons que ce sujet éthique doit être mis sur la place publique et ne doit pas être traité uniquement par des médecins mais discuté collectivement. Nous avons notre mot à dire. Quand nous arrivons en CHU, nous ne signons pas un chèque en blanc. Nous pouvons dire « oui » pour que deux internes interviennent mais « non » s’ils sont trois ou plus. Le patient a le droit de dire non mais la plupart du temps, quand on le lui demande, il dit oui.

Les médecins se plaignent de surcharge administrative et d’une judiciarisation croissante. Une décharge de plus est-elle nécessaire ?

Je ne demande pas un papier supplémentaire ! Je partage depuis longtemps la position de la HAS qui souligne que le consentement ne peut pas se résumer à la signature d’une décharge. C’est bien la relation médecin-malade dont nous discutons.

Je pense que les médecins sont prêts à ce débat, car c’est la nature de la médecine de se remettre régulièrement en question. J’aimerais que demain, un interne ou un externe à qui l’on demande un acte, notamment un toucher vaginal ou rectal, sur un patient qui n’a manifestement pas été informé loyalement, ou pour lequel cet acte n’est pas indispensable, sache quoi faire et ne soit pas isolé. Il doit être en mesure de refuser et d’interpeller. Or, il n’y a pas à l’hôpital de système de recours urgent en cas de problème éthique.

[1] La pétition est disponible sur le site change.org 

[2] « Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. »

Propos recueillis par Christophe Gattuso

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