Formation en médecine : une bizarrerie violente et dépassée

La dernière catastrophe des ECNi a remis sur le devant de la scène ce moment si redouté par les étudiants en médecine : les ECN. Créé au début des années 2000, l’ECN remplace l’ancien concours de l’internat, qui était réservé aux étudiants qui souhaitaient devenir médecins spécialistes. Depuis, la médecine générale est devenue une spécialité médicale comme les autres, si bien que tous les étudiants doivent passer par l’ECN.

Cet examen intervient à la fin de la 6e année d’études, juste avant donc que l’étudiant en médecine ne se « spécialise », vers la médecine générale ou vers n’importe quelle autre spécialité (dermatologie, chirurgie, gynécologie…). Oui, au cours des 6 premières années, l’étudiant ne sait toujours pas s’il va être radiologue ou psychiatre. Si le point commun entre ces deux métiers ne vous saute pas aux yeux, point commun tel qu’il justifie un tronc commun de 6 années d’études, eh bien… prière de ne pas vous poser la question merci. C’est La Médecine, elle est unique et il faut juste répartir les étudiants entre les nuances de celle-ci. C’est donc à la fin de cette 6e année que la Grande Orientation se fait, ou plutôt le Grand Classement, via l’Examen Classant National :

« Un arrêté du ministre chargé de l’enseignement supérieur et du ministre chargé de la santé détermine le nombre de postes d’interne offerts chaque année par discipline ou spécialité et par centre hospitalier universitaire. Le choix effectué par chaque étudiant est subordonné au rang de classement aux épreuves classantes nationales. »

Ça, c’est le code de l’éducation qui le dit. Oui parce que la formation des médecins ce n’est pas le code de la santé publique qui s’en occupe. C’est peut-être un détail pour vous mais etc.

Dès le début, s’entraîner à supporter

Comme le rappelle Slate, l’ECN n’a rien à voir avec le concours de fin de 1re année, la « Première année commune des études de santé » (PACES), concours auquel beaucoup échouent, et qui détermine l’entrée dans le cursus de médecine ou de chirurgie-dentaire ou de maïeutique et même, dans certaines fac, de masseur-kinésithérapie, de psychomotricité, etc. Je dis bien « entrer » dans le cursus de médecine et non « poursuivre » dès lors que, même si la PACES se déroule en fac de médecine et s’affiche comme une première année de formation (une formation parée de nobles mais vaines ambitions de décloisonnement entre professions de santé), la PACES se résume à une année de bachotage intensif, complètement étrangère à la réalité des métiers de professionnels de santé. La PACES qui devrait être une année d’initiation à l’activité et à la collaboration professionnelles dans la santé n’est qu’une année de « formation à la sélection », destinée à préparer et retenir uniquement les étudiants capables… de supporter la suite.

Car la formation des futurs médecins est jalonnée d’une double bizarrerie :

– un concours après la première année de « formation commune », année qui ne forme à rien d’autre qu’à ingurgiter le maximum d’informations, sans les comprendre, seul face à ses cahiers, pour sélectionner un nombre réduit d’étudiants présumés capables de supporter l’épuisant parcours qui s’annonce

– concours en milieu de formation, dans lequel tout le monde est pris, puisque ce concours n’en est pas un et ne sert, comme son nom l’indique, qu’à « classer ». Le « pire » étudiant en médecine poursuit sa formation, il est simplement classé en queue de peloton. Les étudiants bien classés ont le choix de la ville et de la spécialité, lui non. Lui que la voiture-balai n’exclut pas du Tour même s’il ne sait pas pédaler, lui prend donc ce dont les maillots jaune vert et à pois n’ont pas voulu, la dyade ville/spécialité mal aimée, mal considérée, et/ou mal payée.

L’ECN, un examen tardif, qui détermine une vie entière

En somme, les études de médecine sont un long parcours de sélection et de stratification, où pendant des années l’étudiant cherche à être mieux classé que ses pairs car sa vie en dépend. Une sélection de grands nombres, qui cherche à cliver au maximum les candidats afin qu’il soit moins délicat de les départager, une sélection aux relents sadiques, les questions les plus rares et tordues possibles permettant en effet –croit-on – de faire échouer la grande masse et émerger quelques « élus » (s’adapter au sadisme, un apprentissage clé).

Cet ECN qui arrive tardivement dans le cursus, détermine donc la vie entière du candidat, qui passe les 3 années précédentes à ne penser qu’à ça, imaginer la spécialité qu’il aimerait faire et ne pouvoir s’y projeter tant que cet obstacle n’est pas franchi. « On se sacrifie, on sue sang et larme » résume Carole Beaugrand, étudiante en médecine dans cet excellent article. Dans certains cas, si l’obstacle est « mal » franchi, l’étudiant peut demander à redoubler pour le repasser et augmenter ses chances d’allonger ses études d’améliorer son classement. Ailleurs on appelle ça la course à l’échalote.

On comprend alors combien le plantage des ECN 2017 (ajouté aux frayeurs sur les ECNi blancs 2016), est insupportable pour les étudiants. Un examen portant de tels enjeux (à moi le choix le prestige la passion et l’argent, à toi la contrainte, la honte et les miettes) a un caractère proprement inhumain.

L’ECN, épisode d’un long cursus insensé et inhumain

Pourtant, les critiques de ces derniers jours portaient davantage sur la « paresse » des enseignants, « l’amateurisme des organisateurs » ou la « pertinence des ECN pour affecter les étudiants » que sur le caractère proprement insensé et inhumain d’un tel dispositif. Je l’ai dit bien souvent. Si nous nous amusions à instaurer ce type de compétition dans nos entreprises et organisations (« le mieux classé choisit son poste dans la boite ! ») non seulement nous nous planterions, nous planterions nos boites, mais bien avant –et c’est heureux – nous croulerions sous les « droits d’alerte », CHSCT extraordinaires, passerions par une inspection du travail et serions jetés à la vindicte populaire.

Pourtant ici rien de tel.

Malgré des générations d’étudiants cassés par le système, qui ont abandonné après une ou plusieurs PACES sans parvenir à passer et se sont réorientés seuls – la queue basse et sans aucune reconnaissance des efforts accomplis – vers d’autres filières qui ont bien compris que la PACES ne leur a rien appris et les a donc fait redémarrer au niveau Bac ;

Malgré l’usage endémique de substances psychoactives par les étudiants en médecine ;

Malgré les quolibets si fréquents et si révélateurs d’étudiants « esclaves » qui n’ont d’autre issue que d’accepter leur condition en rasant les murs, condamnés à accepter en silence et sans recours les mille humiliations dues à leur rang, attendant patiemment d’être libérés du statut de tête de turc qu’ils passeront à leurs benjamins sans jamais que ce système de hiérarchie des générations, véritable système de castes, ne soit dérangé ;

Malgré les suicides au cours de la formation, suicides dont l’origine systémique, depuis le début de cette formation, n’est jamais questionnée, sauf peut-être celle relative aux conditions « de travail » qu’ils subissent à l’hôpital, lui-même drogué à cette main d’œuvre peu qualifiée et peu chère positionnée aux créneaux dont les seniors ne veulent plus, estimant avoir eux-mêmes fait leur part ;

Malgré les burn-out de médecins installés, médecins qui n’ont manifestement pas été préparés ni « outillés » pour le métier réel et qui sont contraints de puiser dans leurs ressources propres, jusqu’à les « brûler » (« burn out ») ;

Malgré tous ces signaux d’alerte aussi limpides que logiques d’une formation à la fois violente, maltraitante mais aussi déconnectée des besoins des patients, du système de santé, des étudiants et des professionnels eux-mêmes ;

Malgré tout cela donc, la formation se « porte bien ». Rien ni personne pour critiquer haut et fort le système de formation des médecins et encore moins proposer un système alternatif. Après une année électorale riche et une société civile « en marche », on est toujours à l’arrêt. Personne (mais n’ai-je probablement pas suffisamment lu, merci de vos liens en commentaire) personne pour questionner le sens du classement d’individus, le libéralisme échevelé qui sous-tend de telles méthodes, la déconnexion de celles-ci à l’égard de ce qui est recherché dans le système de santé.

Le mirage du classement comme garantie de justice

Pourquoi ? Peut-être parce que dans la culture occidentale et capitaliste, ajoutée à l’idéal républicain de notre pays, le classement donne l’illusion de la Justice. J’intègre une spécialité médicale qui me déplaît et dans laquelle je ne me sens pas bien ? Je n’ai que ce que je mérite, je n’avais qu’à être mieux classé, le système de formation n’y est pour rien. Je saute sur l’ophtalmologie alors que tant d’autres disciplines médicales me plaisaient ? J’ai été bien classé il faut que j’en profite avec une spécialité très recherchée. Je n’aime plus l’exercice professionnel auquel je suis astreint dans ma spécialité ? Tant pis je ne peux pas en changer, j’ai passé les ECN il y a 15 ans je « paye » encore aujourd’hui. Les étudiants en médecine (comme d’autres formations du Supérieur) sont majoritairement issus de classes favorisées ? Les autres n’avaient qu’à mieux travailler…

Une illusion de justice qui dédouane la responsabilité des institutions, évite toute réflexion sur le vivier de recrutement, anesthésie toute réclamation quant à de vrais parcours professionnels, et fait peser toujours plus de responsabilité au médecin quant à son propre sort. Une illusion de justice qui ne laisse place ni au doute, ni à la faiblesse. Etudiante enceinte (mais aussi étudiant malade, étudiant en situation de handicap) c’est « marche ou crève ».

Un système concurrentiel du début à la fin, une stratification permanente des étudiants qui se poursuivra ensuite pour quelques-uns d’entre eux branchés sur le score de leurs publications scientifiques, se vouant corps et âme à la religion bibliométrique pour produire toujours plus de publications scientifiques, dont la plupart n’apportent aucune plus-value au patient. Un système qui broie donc dès le début de la formation, et dont tant d’étudiants cherchent à se dégager, qui par une année de recherche, qui par un master d’éthique, tant il est vital de chercher de l’air pour simplement « tenir ».

Une formation si longue mais de tels manques

Et malgré une formation qui « remplit » la tête des années durant, les jeunes médecins crient leurs manques sitôt diplômés. Que les aide-t-on à comprendre au système de santé, à ses acteurs, à ses leviers ? Que les fait-on travailler, dès le début de la formation, sur les attentes et craintes des patients ? Que les prépare-t-on, avant même le premier contact avec le malade (le malade, mais aussi le corps, le/la mort, la famille endeuillée) à ce qui se joue dans la relation ? Que les outille-t-on à la prévention et au désamorçage des conflits ? Que ne leur dit-on sur l’analyse des pratiques, la supervision, et comment protéger / se protéger des risques psychosociaux propres à l’exercice professionnel de soignant ? La souffrance des médecins que ce soit à la ville comme à l’hôpital, est liée à des conditions de travail difficiles bien sûr mais aussi (surtout) au caractère forcément hostile d’un système de santé qu’ils ne comprennent pas et sur lequel ils n’ont de fait –et hélas- que bien peu de prise.

Un dispositif étranger à l’evidence based

C’est là le paradoxe de la formation des médecins. Enseignée à l’université, supervisée par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, cette formation à l’ambition scientifique affirmée échappe elle-même complètement à l’analyse scientifique et à l’evidence based (c’est-à-dire une démarche fondée sur les preuves scientifiques). Comment construire une formation adaptée ? Quelles sont les manières d’apprendre qui ont fait leurs preuves ?

Reprenons d’abord quelques bases simples de l’ingénierie de formation. Lorsque l’on souhaite construire une formation, on développe d’habitude la démarche suivante

1. Description du métier (référentiel métier)

Ce qui est attendu de ce métier, à quoi/à qui il « sert » aujourd’hui mais surtout demain (prospective)

2. Description des compétences propres à ce métier (référentiel compétences)

Que faut-il savoir faire pour exercer correctement ce métier demain ?

3. Description de la formation (référentiel formation)

Quelle formation, quelles méthodes efficaces pour « fabriquer » ces compétences ? Comment peut-on évaluer la maîtrise de ces compétences à la sortie de la formation ?

4. Description de la sélection

Quels critères d’entrée dans cette formation, quelles bases faut-il maîtriser pour suivre cette formation, quelles modalités d’entrée en cours de cursus le cas échéant (passerelles), comment évaluer la maîtrise de ces bases ?

On peut éventuellement intervertir les points 3 et 4 : compte tenu du niveau d’entrée dans la formation (le bac) quelle formation développer pour fabriquer ces compétences et comment les évaluer ?

Il y a ensuite une « rencontre » entre une personne formée et un ou plusieurs postes. Se présenter à un futur confrère / un futur employeur et souligner en quoi moi, mon parcours de formation, mes talents, mes engagements personnels, signent combien je suis prêt à relever les défis de ce poste.

Les épreuves de PACES et l’ECN suivent-elles ce déroulé logique ? Non. La prospective – ou même seulement la description – du métier de médecin (de radiologue, de psychiatre, de pédiatre) est-elle réalisée ? Où, par qui, avec qui ? Nulle part, avec personne.

Mais alors ces épreuves, et les années de formation qu’elles ponctuent ont-elles au minimum démontré leur efficacité au plan scientifique (evidence based) ? Préparent-elles correctement les futurs médecins au plan de la qualité comme de l’équilibre effort-efficacité ? Sélectionnent-elles et classent-elles judicieusement les meilleurs médecins, ajustent-elles la discipline médicale retenue avec les talents propres à chacun ?

Non, non et non.

Un dispositif aveugle aux bouleversements du monde

A l’aube d’une transition évolutive majeure, faite de robotisation et d’intelligence artificielle, de nouvelles combinaisons entre intelligence de l’homme et celle de la machine, de nouvelles manières de couplet information et action, de nouvelles conciliations entre progrès technologiques et valeurs, d’enjeux éthiques par conséquent tout à fait majeurs, l’enseignement de la médecine reste aveugle et immobile. Les technologies croissent de manière exponentielle, elles percutent déjà au quotidien l’exercice de la médecine mais bon, on verra. L’un des plus long cursus de formation de notre pays, qui sélectionne aujourd’hui des jeunes qui s’installeront en 2030, reste intangible.

C’est le propre de tout système éducatif du monde que nous laissons que de chercher à transmettre ce que les générations précédentes ont inventé. Système efficace lorsque les évolutions de la société sont lentes, système insensé dans un monde qui connait des ruptures (technologiques, sociétales) telles que celles que nous connaissons aujourd’hui. Concevoir la formation comme la transmission de connaissances produites par les aînés c’est alors un gros inconvénient, c’est un inconvénient d’autant plus lourd pour des études aussi longues et coûteuses (« coûteuses » au sens de l’énergie dépensée).

Alors que les informations sont disponibles à l’infini d’un seul clic, on continue à sélectionner les étudiants sur leur mémoire. Alors qu’il n’est déjà plus possible (ni nécessaire) d’en savoir plus que le patient sur sa pathologie, on continue à positionner les étudiants comme devant être des « sachants », incollables, face à tout type de symptôme plus ou moins étrange.

Qu’est-ce qu’être médecin demain ? Quelles disciplines médicales auront disparu dans 15 ans ? (spoil : entre autres l’imagerie). Qu’est-ce qu’apprendre au 21è siècle, qu’est-ce qu’enseigner, comment accompagner les étudiants en médecine dans leurs capacités à évoluer ? Où sont les innovations pédagogiques et comment les déployer ? Quelle formation continue suivent les enseignants en médecine ? (spoil : il n’y en a pas).

Accompagner les étudiants dans une démarche d’exploration, préparer les étudiants aux nouvelles manières d’apprendre, de faire de la recherche, de s’adapter, de coopérer et de transmettre, leur apprendre à repérer, accepter et grandir de leurs erreurs, leur apprendre les attentes et les craintes des patients de demain, les amener à comprendre les ruptures technologiques en cours et penser le rôle totalement nouveau qui sera alors dévolu aux professionnels de santé, tout ceci n’est pas au programme. Celles et ceux qui parviendront à s’adapter (car il y en aura) n’auront fait que déployer des trésors d’imagination et de formation propre, des gens qui auront lu, auront été voir ailleurs, des gens qui auront résisté au lavage de cerveau que représentent des années de formation en médecine, avec son lot de pression psychologique et de manque de sommeil. Les bons médecins le deviennent en dépit de leur formation initiale.

Elargir le recrutement et renouveler les façons d’apprendre

L’empathie, la coopération, l’esprit d’initiative, la curiosité, toutes ces « soft skills » s’apprennent pourtant et on ne saurait compter sur le caractère « inné » de celles-ci chez quelques-uns pour faire tourner le système de santé.

Ces compétences s’apprennent d’autant mieux dans un collectif riche de différences, d’où l’impérieuse nécessité d’élargir la base de recrutement en supprimant le modèle du concours en fin de PACES au profit d’un recrutement de d’étudiants diplômés de licences les plus diversifiées possibles.

Ces compétences s’apprennent par des méthodes pédagogiques éprouvées. On apprend en s’engageant, en faisant un projet de recherche, on apprend en créant. On n’apprend pas par l’inflation scolaire ni horaire, que ce soit à l’hôpital ou à l’université. C’est ce que les neurosciences ont compris depuis longtemps et qu’il serait temps d’utiliser pour faire évoluer les modes d’enseignement en médecine.

Les universités de médecine (et leur ministère de tutelle) ne font pas de prospective et n’investissent pas dans leur propre changement. Aux mains de PUPH en fin de carrière, il est temps qu’elles s’ouvrent à ceux qui pensent la pédagogie et le monde de demain. Vivement que l’enseignement de la médecine se dote enfin pour lui-même d’un département Recherche et Développement.

9 commentaires

  1. merci pour cette réflexion fine et juste sur un système absurde, injuste et inefficace. Je vous rassure, vous pensez que « personne  » ne critique ce système; si , il y en a quelques uns y compris à l’intérieur du système , mais qui ne se font pas assez entendre. Une remarque complémentaire pour ne pas prendre le risque d’une vision uniquement victimologique des étudiants: une fois passée la PACES, ils sont assurés à vie d’avoir un emploi rémunérateur. Et une remarque pour appuyer encore votre critique: ce système de sélection conduit les étudiants à rester en position d’élève pendant une dizaine d’années et certains ne s’en remettent pas et gardent toute leur vie une immaturité professionnelle, (et peut etre surtout ceux qui s’engagent dans une carrière universitaire, qui restent jusqu’à un âge mur les bons élèves du patron dont ils visent la succession; la quete des points SIGAPS ne porte pas à l’esprit critique..; Merci encore
    JP Canévet

    Aimé par 1 personne

  2. Votre diagnostic me semble bon et j’ai ressenti cette absurdité tout au long de mes études de médecine. C’est en rencontrant des alter médecins (hors les murs de l’hôpital, qui est un rouleau compresseur, force et honneur à ceux qui y résistent encore en son sein) que je me suis ouvert à d’autres modes de pensée. Cela dit, votre proposition thérapeutique manque de consistance, oui le concours PACES selectionne des singes savants, faut-il entrer en médecine sur entretien ? Difficilement applicable vu les effectifs de 1ère année. Privilégier des profils d’horizons plus sciences humaines que sciences dures, sans doute, mais combien et comment ? Supprimer le numerus clausus ? Ce serait rendre la formation pratique impossible en terme de qualité et aboutirait aux errements des années 80 que la médecine de ville commence à peine à écoper.
    L’ECN est effectivement une insulte au bon sens d’un enseignement qui doit surtout former des médecins polyvalents plutôt que des hyper spécialistes ou des chercheurs. Mais le remplacer par quoi ? j’aurais aimé des pistes concrètes.

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  3. En jupe : un point de vue maltraitant ….

    Je crains Me De Bort, que vous ne raisonniez qu’a priori : vous avez des faits et des convictions, et à partir de cela vous menez un raisonnement qui vous permet d’asseoir ces convictions (le médecin est une brute en blanc qui exorcise les souffrances subies lors de sa formation sur ses pairs et ses patients : c’est un résumé elliptique pour aller à l’essentiel).

    «

    au cours des 6 premières années, l’étudiant ne sait toujours pas s’il va être radiologue ou psychiatre. Si le point commun entre ces deux métiers ne vous saute pas aux yeux, point commun tel qu’il justifie un tronc commun de 6 années d’études, eh bien… pière de ne pas vous poser la question merci

    » Ce n’est pas la faute orthographique involontaire qui m’a interpellé dans cette phrase mais le ton employé et la méconnaissance somme toute logique de la part de quelqu’un qui n’a pas fait ces études. Oui ce tronc commun est nécessaire, car d’une part en ce qui concerne le radiologue, ses connaissances doivent englober l’ensemble des connaissances acquises durant ces 6 années ( ce n’est pas moins vrai pour le psychiatre qui confronté à des pathologies somatiques devra être à même de les identifier) ; et d’autre part l’inclination vers une spécialité ne se fait bien souvent qu’au fil d’une rencontre avec celle-ci ; ce qui va à l’encontre de ce que vous écrivez bien plus loin : « la description – du métier de médecin (de radiologue, de psychiatre, de pédiatre) est-elle réalisée ? Où, par qui, avec qui ? nulle part, avec personne. ».

    «

    un concours après la première année de « formation commune », année qui ne forme à rien d’autre qu’à ingurgiter le maximum d’informations, sans les comprendre, seul face à ses cahiers, pour sélectionner un nombre réduit d’étudiants présumés capables de supporter l’épuisant parcours qui s’annonce

    » Je pense que tous les étudiants de PACES apprécieront cette formulation (« sans les comprendre ») injurieuse et non fondée. De plus je ne pense pas que le but soit de sélectionner des brutes de travail, mais plutôt de sélectionner des étudiants ayant une motivation et des méthodes de travail leur permettant de réussir un concours sélectif. J’ai regardé le programme de cette année de PACES qui me semble assez cohérent avec un socle de connaissance utile pour la suite des filières accessibles. Il ne me semble pas moins incohérent que les programmes de prépa scientifiques donnant accès aux concours des grandes écoles.

    En ce qui concerne l’ECN, je suis plus critique sur cet examen, étant issu des générations ou il n’était pratiqué que par ceux voulant faire une spécialité et préparant l’examen alors appelé internat. Le choix de la médecine générale n’était alors pas par défaut, et il existait via les certificats d’études spécialisés la possibilité de devenir spécialiste secondairement. Nombres de collègues ont ainsi pu débuter en médecine générale et se former en spécialité diverse au gré des besoins locaux. Pour autant, on ne peut ne pas avoir une répartition des spécialités médicales qui ne soient pas basés sur les besoins de la population, et la médecine générale étant maintenant une spécialité, la sélection du choix de la spécialité se doit d’être égalitaire. Le concours reste le meilleur choix permettant cette égalité, basé sur l’implication et le travail. (What else : le tirage au sort, le dossier et ses favoritismes?).

    Les problèmes rencontrés cette année à l’ECNi (ou au PACES si il y en a eu à un moment donné) sont révoltants au vu de l’implication que ces deux examens ont sur l’avenir de nombre d’étudiants, mais ils ne permettent pas de tirer les conclusions que vous développez dans cet aricle.

    «

     Malgré les burn-out de médecins installés, médecins qui n’ont manifestement pas été préparés ni « outillés » pour le métier réel et qui sont contraints de puiser dans leurs ressources propres, jusqu’à les « brûler » (« burn out ») ;

     ». Encore une affirmation sans fondement : cela reviendrait à dire que ça ne concerne en majorité que de nouveaux installés, alors que l’on retrouve dans cette catégories nombres d’anciens qui avaient exercés sans problèmes une trentaine d’années. La vérité est ailleurs comme l’énonçait une célèbre série.

    «

     Malgré tous ces signaux d’alerte aussi limpides que logiques d’une formation à la fois violente, maltraitante mais aussi déconnectée des besoins des patients, du système de santé, des étudiants et des professionnels eux-mêmes ;

    ». Toujours des affirmations univoques qui vous aident à articuler votre démonstration.

    Je ne détaillerais pas le reste que je considère comme une élucubration de quelqu’un qui probablement au travers de sa formation a la toute puissance du savoir faire. Je reviendrai juste sur cette phrase qui résume vaguement votre propos : «

     Les bons médecins le deviennent en dépit de leur formation initiale.

     »  Quel aphorisme prétentieux, tout aussi idiot que de dire que pour être un bon médecin il faut lire Prescrire et Martin Winckler . La pratique de la médecine est génératrice de doutes en permanence, et la formation initiale ainsi que la formation continue restent les socles qui nous permettent de faire face à ces doutes et d’être médecin.

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  4. Très bel article! Le pragmatique et la remise en question , être capable d’admettre que l’on fait « n’importe quoi » aujourd’hui ne sont pas choses faciles dans certains milieux….. Une étude vient de montrer que près d’un quart des étudiants en médecine ont des idées suicidaires . Nous sommes vraiment en situation d’homicide organisé…. Merci de participer à l’appel au bon sens et à alerter ceux qui , par orgueil , ferment les yeux!

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  5. C’est malheureux de voir une telle méconnaissance des réalités du monde médical. Cela montre bien la déconnexion entre les directeurs d’hôpitaux et ceux qui travaillent en permanence au contact des malades. L’une des principales cause du malaise et de la maltraitance des soignants c’est la maltraitance dont ils sont eux mêmes victimes de la part des administrations et des administratifs qui remplacent de plus en plus les soignants. Demandez aux infirmière, aux AS, à tout le monde pourquoi un service dysfonctionne. Ce n’est pas à cause des médecins, c’est plutôt à cause des directeurs d’hôpitaux…
    Quant à ne pas comprendre à quoi peuvent servir les 6 années du tronc commun, cela montre bien la méconnaissance de la profession (tant pour le psychiatre que pour le radiologue). Dans la bouche d’une directrice d’hôpital c’est pas étonnant mais ça fait un peu peur…

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