Les conditions de travail dans les hôpitaux empirent-elles ?

 

Il y a quelques jours, je répondais à une interview de la GMF sur les conditions de travail à l’hôpital, milieu très féminisé comme on le sait. Je reproduis ici la version longue de cet échange.

Comment qualifieriez-vous les conditions de travail du personnel dans les hôpitaux aujourd’hui ? 

Les conditions de travail y sont par nature très fragiles car l’hôpital réunit des contraintes très fortes, tant physiques que psychosociales. Et même si la haute technologie y est omniprésente, l’hôpital demeure avant tout une « industrie de main d’œuvre » : ce sont des hommes et des femmes (surtout des femmes) qui se relaient 24h/24 toute l’année pour que l’impossible y soit tenté. Pour maintenir ses capacités, l’hôpital doit sans cesse se projeter dans le futur et modifier ses fonctionnements internes, pour rester à la fois dynamique et à l’équilibre. Les conditions de réalisation du travail changent, modifiant les repères des agents.

En quoi l’hôpital est-il un service public si particulier à gérer au plan des conditions de travail ?

L’hôpital est le seul service public à être financé par son activité, c’est-à-dire sa « production » de soin, et à être en concurrence avec le secteur privé. Il porte haut des valeurs d’humanisme, mais il doit en permanence se remettre en question et s’ajuster, au plan des pratiques mais aussi au plan financier. S’il procure des soins qui coûtent plus cher que ce que lui verse la sécurité sociale, il perd de l’argent : il va payer en retard ses fournisseurs, repousser des travaux de rénovation, les banques ne voudront plus lui prêter… Ce n’est pas une situation tenable. L’hôpital doit sans cesse se projeter dans le futur et modifier ses fonctionnements internes, pour rester à la fois dynamique et à l’équilibre.

Diriez-vous que les conditions de travail empirent ?

Dans certains services c’est très probable, mais je ne dirais pas qu’il s’agit d’une généralité, ni surtout d’une fatalité. Il y a encore des gens heureux et fiers de travailler à l’hôpital public ! Pour autant la qualité du travail et des soins demande une attention sans relâche. Parfois, les impératifs de « performance » (la qualité au meilleur coût, qui passent souvent par une rationalisation, une standardisation) peuvent faire oublier le sens, ou générer des dissonances très fortes entre le but, l’ambition, le projet, et le vécu au quotidien. On va chercher à faire du volume, à augmenter la polyvalence, la vitesse, et on va perdre complètement pied.

Alors on fait quoi ?

Il y a un travail institutionnel à mener, et la plupart des hôpitaux s’y sont résolument lancé. L’enjeu des conditions de travail, c’est la durabilité : il n’y a aucun intérêt à ce qu’un agent absorbe un niveau de contraintes tel qu’il ne pourra plus « tenir » dans 10 ou 20 ans. Il faudrait diminuer ces contraintes pour tous et « répartir » au mieux au sein des équipes les contraintes résiduelles (travail de nuit par exemple) en évitant de faire peser celles-ci sur une seule catégorie (les jeunes…) et en épargnant les professionnels surchargés par ailleurs (familles monoparentales).

Et au niveau de chaque service, que peut-on faire ?

Il faut se poser régulièrement de façon très sérieuse des questions de base, que l’on a tendance à laisser de côté, ne pas se laisser gagner par une tendance à l' »abattage » et entretenir une réflexion collective. Dans quelle direction va notre service ? Qu’avons-nous décidé d’améliorer dans nos pratiques et progressons-nous effectivement ? Ces tâches que nous faisons systématiquement, pourquoi les faisons-nous ? Ce que nous croyons impossible ou obligatoire le sont-ils vraiment ? Quelle formation pour mieux nous préparer à ce que nous rencontrons ? Sommes-nous fiers de ce que nous faisons ? Il s’agit de penser une performance qui ne soit purement industrielle mais qui intègre la spécificité liée à la production de soins. Réfléchir à ce que l’on fait, questionner les fonctionnements, c’est se donner de nouveau de l’air et retrouver une capacité d’agir.

1 commentaire

  1. Mme de Bort, les conditions de travail à l’hôpital sont juste inhumaines, le lean management fait des ravages tant sur les soignants que sur les patients et vous le savez très bien.

    Notre système santé n’est plus envié par les pays développés car il est vendu petit à Petit aux mutuelles par le cadeau énorme que Mme Touraine leur a fait. Les mutuelles décideront de beaucoup de choses dans le futur, elles choisiront qui vous devez aller voir comme praticien, quel infirmier fait parti de son réseau, quel médecin aussi bon ou mauvais soit-il peut vous faire un diagnostic car il sera agréé par la dite mutuelle.

    Pensez vous que ce système soit une avancée ?

    Je vous parlerai de mon cas, je suis infirmier libéral, nous nous faisons bouffer par les HAD qui empoche la différence entre leur « forfait patient » et ce que nous leur coutons (30% de moins dans le pire des cas !), Ils détournent la patientèle à la sortie de l’hôpital en leur faisant miroiter de meilleurs remboursements et une meilleure prise en charge alors que c’est précisément nous qui effectuons les soins. l’Had est un très bon dispositif si il reste dans ses compétences ! Trouvez vous normal que l’had soit déployée pour une prothèse de hanche? Où est l’économie ?

    Notre nomenclature est obsolète et les CPAM s’en servent pour interpréter les cotations, qui peuvent être différentes selon les directeurs de caisse. En Savoie la directrice de la CPAM a même voulu revenir sur nos indemnités horokilomètriques pour nous, infirmiers de montagne, qui nous déplaçons dans nos zones montagneuses avec tout ce que cela comporte en terme de risques et de temps passé… Nous sommes les seuls à nous déplacer au domicile des patients, le virage ambulatoire est souhaité mais qui va oeuvré à sa bonne mise en place ?? Quel cynisme de la part de nos politiques.

    Nos actes sont dégressifs, nos indemnités faibles, nos cotisations explosent, notre démographie professionnelle est sans précédent car les infirmières de l’hôpital fuient les services et viennent s’installer !

    Quand l’état aura t’il un peu de reconnaissance pour ses soignants ? Des salaires décents ? Un respect du patient en cessant d’augmenter sans arrêt les cadences ?

    Nous sommes sur le terrain tous les jours, nous connaissons les enjeux sanitaires à venir, les demandes des patients, de nos collègues !

    Quand allez vous enfin nous écouter ??

    En mai prochain il sera trop tard et nous entendrons encore une fois que vous avez fait de bonnes choses… mensonges, ne soyez pas fiers de votre bilan il est tout sauf bon, vous croyez sauver notre système de santé mais vous le détruisez.

    Alors réagissez avant qu’il ne soit trop tard !

    Simon GOMES-LEAL
    Infirmier libéral à lanslebourg
    Savoie

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