Des gynécologues dans la ligne de mire des réseaux sociaux

Je reproduis ici l’article publié par La Croix sur son site le 8 décembre 2015. Un article rédigé par Pierre Bienvault, auquel j’ai accordé un entretien…
.

Lors de son congrès, le Collège des gynécologues a répondu à un mouvement de témoignages, sur Twitter, dénonçant des pratiques déplacées et peu respectueuses.

C’est une ribambelle de petites histoires parfois édifiantes et consternantes. Des mots à vif, lancés sur les réseaux sociaux pour raconter des consultations douloureuses chez le gynécologue. Des histoires de paternalisme médical, de propos déplacés, ou d’examens intimes réalisés sans explication et parfois vécus de manière intrusive.

DES « BONS » CONSEILS MALVENUS

Par exemple, un gynécologue qui « te file une claque sur les fesses après un examen ». Ou un autre qui, lors d’une palpation des seins, confie à sa patiente que « c’est quand même bien plus agréable quand ça a vingt ans que quand ça en a soixante ».

Des témoignages de femmes sidérées par quelques « bons » conseils délivrés sous l’autorité du savoir médical. « Vous devriez vous dépêcher de faire des enfants… Le prince charmant n’existe pas, coincez le premier venu… » Ou encore, après une visite post-accouchement : « Vous étiez plus jolie la dernière fois que je vous ai vue »…

C’est une étudiante en pharmacie qui, voici un an, a eu l’idée d’inviter les femmes à raconter leurs « galères médicales » sur Twitter avec le mot-clé#payetonuterus. Sous le regard un peu contrarié des gynécologues.

« DES PRATIQUES TRÈS MINORITAIRES »

« On monte en épingle des témoignages qui reflètent certes un vécu douloureux, mais concernent des pratiques très minoritaires », estime le professeur Brigitte Letombe, qui exerce au CHRU Jeanne-de-Flandre à Lille. « Dans toutes les professions, il y a des gens indélicats mais il faudrait aussi entendre toutes les femmes satisfaites de leur gynéco », ajoute le professeur Jacques Lansac, ancien chef du service au CHU de Tours.

En tout cas, le Collège national des gynécologues-obstétriciens français (­CNGOF) a choisi de mettre le sujet sur la table lors de son congrès la semaine dernière à Nantes. « On se doit d’écouter ces femmes et de condamner ces pratiques qui, même marginales, restent inacceptables », souligne son président, le professeur Bernard Hédon.

MÉDECINE DE L’INTIME, MÉDECINE ORDINAIRE

Directrice d’hôpital, Clara de Bort estime, elle, que ces dérapages, peut-être isolés, relèvent de cette « maltraitance ordinaire » que dénonçait la Haute Autorité de santé (HAS) en 2009. « On peut être maltraitant, tout en étant animé des meilleures intentions du monde. Et les gynécologues qui se comportent ainsi n’ont sans doute pas conscience de ce qu’ils provoquent chez leurs patientes », explique-t-elle. « Le problème, en fait, est que l’acte de soin reste uniquement pensé à travers l’intention de celui qui le réalise. Et pas de façon dont il est reçu par le patient », ajoute-t-elle.

Pour Clara de Bort, les gynécologues ne sont « pas plus maltraitants » que d’autres médecins. « Mais ils soignent des organes qui n’ont pas le même poids symbolique dans notre société, estime-t-elle. Et cela pose un débat de fond. Certains diront que le “bon” soin, c’est de banaliser la sphère gynécologique et de traiter ces organes comme tous les autres. Moi, je pense au contraire qu’il faut prendre en compte le caractère éminemment intime de cette médecine, qui se doit de redoubler de tact et d’attention à l’autre. Si, demain, mon ophtalmo me disait que j’ai les plus beaux yeux de sa clientèle, je trouverais cela un peu déplacé. Mais si mon gynéco me faisait le même “compliment” sur ma poitrine, je jugerais cela inacceptable. »

Des médecins de « l’intime » confrontés aussi à des choix de vie très personnels de leurs patientes, que ce soit sur leur sexualité ou encore sur leur désir ou non de maternité. « Et cela impose aux médecins de faire quelque chose qu’ils ont beaucoup de mal à faire : s’interroger sur leur propre subjectivité dans leur exercice professionnel. Cette subjectivité existe qu’ils le veuillent ou non. Et en tenir compte, c’est s’éviter de faire peser sur ses patientes le poids de ses opinions personnelles par rapport à tel ou tel choix de vie. »

PIERRE BIENVAULT21664369_m

1 commentaire

  1. Bonsoir,
    La vraie responsabilité des gynécologues-obstétriciens est d’être les agents du sexisme ordinaire, attitudes et paroles, celles que l’on voit et que l’on entend dans les services hospitaliers et dont sont victimes les doctorantes en médecine.
    Mais le vrai scandale, c’est la maltraitance « scientifique » des corps de femmes à qui on coupe et irradie des seins pour rien, à qui on demande d’être des pondeuses (PMA et GPA -la double peine), et cetera. Lire le livre de Marc Girard sur la brutalisation du corps des femmes. http://www.rolandsimion.fr/spip.php?article23&lang=fr
    A +

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